Qui a dit que le jazz n’intéressait qu’une niche de mélomanes aguerris, de nostalgiques qui ne se retrouveraient plus dans les musiques contemporaines, ou d’un public averti qui saurait le reconnaître comme genre ? Le temps des deux week-ends de cette 18e édition de Jazzablanca (du 3 au 12 juillet 2025), marquant le basculement de l’événement vers une durée de dix jours, les organisateurs ont bien montré que cette expression musicale ne connaissait véritablement pas de frontières.
Loin d’une certaine idée reçue que le jazz ne serait associé qu’à l’élite, ou à une relique statique à contempler au musée, cette édition du festival en a fait un véritable moment de partage. Ancrée dans le présent et dans son espace urbain casablancais, cette parenthèse musicale enchantante est devenue une célébration, pour les festivaliers, comme pour les riverains.
Outre la Scène 21, Casa Anfa à Anfa Park et la scène gratuite du Parc de la Ligue arabe, les habitants ont pu apprécier les prestations itinérantes du tromboniste américain Glen David Andrews, accompagné de ses musiciens pour «la fanfare en ville».
Dans son nouveau format incluant désormais deux week-ends, Jazzablanca aura ainsi montré comme le jazz est un art qui se célèbre en tout temps et en tout lieu. Avec Glen David Andrews et sa joyeuse troupe dansante, c’est un air de la Nouvelle-Orléans qui s’est installé à Casablanca, les 3, 4, 5, 10, 11 et 12 juillet.
De la Nouvelle-Orléans à Casablanca, la musique de rue est une tradition
Du mythique Rick’s Café au Marché central, en passant par l’historique et incontournable médina, ou encore des abords de la mosquée Hassan II à la côte d’Aïn Diab, en passant par la corniche et le phare d’El Hank, le jazz américain et afro-créole venu de l’un de ses chefs-lieux aura naturellement trouvé sa place dans la ville.
Glen David Andrews et sa troupe à Jazzablanca 2025 pour la fanfare en ville / DR.
Casablanca est d’ailleurs connue pour ses traditionnelles fanfares dans ses quartiers les plus anciens. Dans la médina notamment, cet instant musical devient un véritable moment de communion, pour les habitants comme pour les personnes de passage, petits et grands. Rituel encore présent jusqu’à la fin du XXe siècle et les années 2000, cet interlude rythmé s’est souvent organisé autour d’une heureuse occasion, que ce soit une naissance, une circoncision ou un mariage.
Ayant sa part d’improvisation, ce cortège itinérant grandit au fur et à mesure des rues qu’il sillonne, en propageant une atmosphère joyeuse sur son passage. Autant dire que les habitants de la ville ne connaissent ce principe que si bien, puisqu’il fait partie intégrante des expressions artistiques ancrées dans leur vie quotidienne.
Le temps d’un festival de jazz voulu ouvert sur les autres styles musicaux, d’ici et d’ailleurs, la musique populaire locale a laissé place à d’autres rythmes locaux, ceux dans lesquels Glen David Andrews a toujours baigné. Son trombone se mêle au saxophone, aux percussions et au chant, à travers lequel il donne à sa prestation une dimension spirituelle dans l’espace public.
Voulue inclusive et accessible, cette performance musicale et vocale fait écho au gospel comme au funk, au blues et au R&B. Sans opposition, les univers se sont rencontrés et se mêlent, dans une forme d’élévation musicale transcendante.