Dans un contexte mondial incertain, marqué par les tensions géopolitiques, la montée du protectionnisme et les effets persistants du changement climatique, l’Alliance des Économistes Istiqlaliens (AEI) avance une série de recommandations pour orienter le Projet de Loi de Finances 2026 vers un modèle à la fois plus inclusif, plus protecteur et plus productif.
Tout en saluant la dynamique engagée autour du chantier de l’État social – protection universelle, aides directes, réforme des retraites – l’AEI insiste sur l’urgence d’un ciblage plus précis des bénéficiaires via le Registre Social Unifié (RSU). Le soutien aux personnes handicapées, l’amélioration de l’accès aux soins d’urgence, et la couverture des saisonniers figurent parmi les priorités.
Sur un autre volet, le retour progressif de la stabilité des prix ne doit pas masquer la perte de pouvoir d’achat accumulée ces dernières années. L’AEI recommande ainsi de poursuivre la réforme de l’impôt sur le revenu, d’aligner la fiscalité de l’épargne sur les standards internationaux, et de lutter plus fermement contre les spéculations sur les produits de première nécessité, notamment les viandes et produits laitiers.
Par ailleurs, le plaidoyer pour la déductibilité des frais de scolarité – prévue par la loi depuis 2000 mais jamais appliquée – refait surface, dans un contexte où la classe moyenne reste sous pression. Et face aux effets destructeurs du changement climatique sur l’agriculture, l’AEI appelle à une refonte des politiques rurales. Au menu : meilleure valorisation des produits locaux, soutien à l’élevage bovin, accès au numérique, création de coopératives d’approvisionnement et incitations à la diversification des revenus.
L’Alliance propose une nouvelle génération de programmes territoriaux, au-delà du simple rattrapage infrastructurel. Il s’agit de réduire les inégalités d’accès à la santé, à l’éducation, à l’eau, à l’électricité et au numérique, tout en stimulant les économies régionales à travers des filières spécialisées, des fonds d’investissement locaux et une gouvernance renforcée.
En outre, les dispositifs publics d’aide à l’emploi (Idmaj, Tahfiz, Taehil) peinent à produire les effets escomptés. L’AEI préconise une meilleure couverture géographique, un accompagnement plus poussé des bénéficiaires, des incitations à la formalisation, ainsi que des programmes innovants tels que des « ceintures vertes » urbaines et des campagnes de lutte contre la pollution plastique.
Relancer l’investissement privé aussi
Malgré les avancées industrielles, la contribution du secteur privé à l’emploi reste en deçà des attentes. L’AEI suggère de lever les blocages réglementaires, de renforcer la Charte de l’investissement, de redéfinir le statut d’auto-entrepreneur et de soutenir les entreprises innovantes.
Pour financer les grands chantiers de développement, l’AEI appelle à diversifier les sources de revenus : remontée de dividendes des entreprises publiques, meilleure fiscalité locale, gestion rigoureuse du patrimoine public, et autonomie accrue des Régions via des ressources propres. La part de TVA destinée aux collectivités territoriales devrait être relevée de 32 % à 34 %, selon l’Alliance.
Des investissements publics dans la transparence
L’AEI défend la poursuite des investissements publics, en particulier dans les infrastructures stratégiques (eau, mobilité, numérique), tout en plaidant pour une meilleure rationalisation des coûts via les partenariats public-privé. Elle propose la création d’un comité indépendant de suivi budgétaire afin de garantir l’efficacité des politiques publiques et la soutenabilité de la dette.
À travers les 8 axes structurants qu’elle propose, l’AEI milite pour un PLF 2026 à la fois réaliste et ambitieux, capable de concilier justice sociale, efficacité économique et équilibre territorial. Un cap clair pour un Maroc émergent, fort de ses atouts et résilient face aux défis.
Y.S.A.