La publication d’un dessin jugé blasphématoire par une partie de l’opinion publique a provoqué, lundi 30 juin, des violences en plein cœur d’Istanbul (Turquie), révèle un correspondant de l’AFP. L’illustration, parue dans le numéro du 26 juin du magazine satirique Leman, a été interprétée comme une représentation du prophète Mohammed. Une lecture que la rédaction réfute catégoriquement, évoquant une «interprétation malveillante» de la scène, où deux personnages, Mohammed et Moussa, se saluent dans un ciel assombri par les bombardements.
La tension a brusquement dégénéré lorsque plusieurs dizaines de manifestants se sont dirigés vers un bar fréquenté par les membres de la revue, dans une ruelle proche de l’avenue Istiklal. La foule a rapidement pris de l’ampleur, atteignant près de 300 personnes. Les forces de l’ordre ont eu recours à des balles en caoutchouc et à des gaz lacrymogènes pour disperser les protestataires.
L’onde de choc a été relayée au plus haut niveau de l’État. Le ministre de l’Intérieur Ali Yerlikaya a confirmé l’arrestation de quatre personnes, dont le dessinateur identifié par les initiales D.P. et plusieurs responsables éditoriaux. «Ces individus sans vergogne devront répondre de leurs actes devant la justice», a-t-il écrit sur le réseau social X. Le ministère de la Justice a par ailleurs lancé six mandats d’arrêt, visant notamment le rédacteur en chef et le directeur de la publication, tous deux actuellement à l’étranger.
En réponse, le rédacteur en chef de Leman, Tuncay Akgun, a pris la parole pour dénoncer une opération politique. «Ce dessin n’a rien à voir avec le prophète. Il met en scène un personnage fictif, nommé Mohammed, tué dans les bombardements israéliens. Plus de 200 millions de personnes portent ce prénom dans le monde musulman», a-t-il précisé, accusant les autorités de chercher à museler une presse critique. «C’est un acte d’annihilation», a-t-il déclaré, soulignant que son magazine, fondé en 1991, est depuis longtemps dans le viseur des conservateurs.
En dépit des accusations, Leman revendique son intention initiale : celle de dénoncer l’oppression subie par les civils musulmans. «Le dessinateur a voulu montrer la droiture du peuple musulman opprimé», a défendu la rédaction, assurant que l’œuvre n’avait «jamais eu l’intention de rabaisser les valeurs religieuses».